La clinique fondamentale

Le projet CALYPSO est issu de travaux et réflexions relatifs au concept de "clinique fondamentale", c'est à dire de l'étude des fondements de l'étude des manifestations cliniques. En effet en s'intéressant aux définitions et aux origines des signes et symptômes en psychiatrie, on s'aperçoit rapidement que le modèle clinique psychiatrique s'est développé, au moins en France, sur le modèle de la sémiologie médicale dans le contexte de la méthode anatomo-clinique. Cette méthode postule qu'il existe une relation de cause à effet entre les lésions constatées chez le cadavre et les manifestations cliniques. Mais le postulat anatomo-clinique ne semble pas s'appliquer aux troubles psychiatriques. Les fondements épistémologiques de la clinique psychiatrique peuvent donc paraître fragiles.

La vidéo ci-contre, reprenant une communication donnée à l'occasion du Congrès Français de Psychiatrie, reprend ces éléments plus précisément.

Malgré ces critiques, le diagnostic et l’évaluation des troubles psychiatriques sont, à l'heure actuelle encore, entièrement cliniques, c’est-à-dire qu’ils reposent uniquement sur l’expertise du médecin à détecter et repérer les symptômes. Le médecin peut s’appuyer sur des échelles standardisées pour obtenir une évaluation plus complète mais cette procédure est peu appliquée en routine et en pratique clinique quotidienne en raison de son caractère chronophage. Il n’existe pas à l’heure actuelle d’examens complémentaires (ex : prise de sang ou imagerie cérébrale) permettant une confirmation diagnostique, pronostique ou d’évaluation de la sévérité des troubles psychiatriques. Ainsi, il devient urgent et essentiel de trouver un moyen de réaliser une évaluation clinique facile et objective, permettant d’évaluer le comportement, les émotions voire les cognitions des patients afin d’améliorer la précision du diagnostic et de réaliser des actions thérapeutiques potentielles.

Des symptômes psychiatriques objectivables

Grâce aux développements technologiques certains symptômes psychiatriques peuvent être appréhendés autrement. Dans l'exemple ci-contre, au début des développements de l'actimétrie, une équipe de chercheurs demandaient simplement à des sujets d'explorer une pièce standardisée pendant une quinzaine de minutes. Leurs mouvements étaient suivis et enregistrés grâce à un bracelet puis retracés. Grâce à ce simple capteur, il est très clair que dans notre perspective une autre façon d'observer les symptômes apparaît.

On note en effet que le sujet "contrôle" entre dans la pièce, observe, fait le tour et ensuite s’assoit jusqu’à la fin du temps imparti. Le sujet en phase maniaque présente de nombreux mouvements et une activité motrice importante et finalement le patient souffrant de schizophrénie va juste s'asseoir sans explorer la pièce et en produisant très peu de mouvements.

Toujours dans cette perspective, il a été mis en évidence que de nombreux signes et symptômes psychiatriques peuvent être observables et mesurables. Par exemple, la dépression est caractérisée par une réduction de l’activité physique, de la tonalité de la voix, de l'expressivité faciale et des mouvements de la tête. Il a été montré que l'expression des émotions faciales peut être objectivée (voir le .gif ci-contre) et que la vitesse du mouvement de la tête est plus lente dans les dépressions sévères (voir par exemple Daoudi et al.).

Des signes cliniques de la dépression sévère objectivables et mesurables. A) une illustration d’un ancien manuel de psychiatrie illustrant le visage et la posture d’une patiente souffrant de dépression sévère où on peut apercevoir le « oméga mélancolique ». En dessus de cette illustration, il s’agit d’une extraction des points (« landmarks ») du visage d’un patient dépressif sévère avec un oméga mélancolique et analyse des émotions faciales, utilisant l’intelligence artificielle, montrant une présence importante de l’émotion « colère » et l’absence totale de « joie ». B) Extraction des points du visage du même patient (que B)) après sa prise en charge montrant une mimique plus enjouée et l’analyse des émotions montre la ré-apparition de la « joie » et d’autres émotions. En parallèle, l’illustration du haut montre la même patiente que A après son traitement.

Le projet CALYPSO

L’objectif du projet CALYPSO (Clinique et AnaLYses PSychiatriques Objectives) est de développer une technologie capable de collecter et d’analyser, grâce aux techniques les plus avancées en Intelligence Artificielle (IA), les données de patients souffrant de troubles psychiatriques (expressions du visage, activité physique, tonalité de la voix, prosodie, etc.) afin d'améliorer le diagnostic, le suivi, la prédiction de réponse au traitement et de la rechute, chez les personnes souffrant de troubles psychiatriques, notamment sévères.

Qui est Calypso ?

Dans la mythologie grecque, Calypso (du grec ancien Καλυψώ , « celle qui dissimule" "celle qui cache") est une nymphe de la mer, ayant, par amour, retenu Ulysse dans sa grotte, pendant sept années. L'idée du projet CALYPSO est de révéler et de rendre visible des manifestations cliniques qui étaient jusqu'à maintenant "cachées".